Le carbone
végétal, constituant essentiel des plantes, donc renouvelable, est une voie de
remplacement du carbone fossile pour la fourniture d'énergie et de matières
premières.
L'épuisement probable à la fin de ce siècle des ressources fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel), exploitées à la fois pour produire de l'énergie et comme matière première de la chimie du carbone, conduit à rechercher activement des produits de substitution répondant aux mêmes besoins d'utilisation.
J. C. Pasty précise dans son rapport intitulé « Les débouchés non alimentaires des produits agricoles : un enjeu pour la France et l'U.E. », publié en 2004, qu' il n' existe pas d'alternative à l utilisation du carbone fossile, en dehors du carbone fixé par les plantes (ou carbone végétal) et que la chimie végétale a par conséquent vocation à se substituer à la pétrochimie.
Dans tous les pays industriels, c'est une tendance lourde d'utiliser les produits végétaux pour la chimie et les énergies renouvelables.
Cette orientation est d'autant plus nécessaire que dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, l'Europe s'est engagée à stabiliser, puis à réduire très fortement les émissions de gaz à effet de serre. Plus récemment, le gouvernement français s'est fixé comme objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre par quatre d'ici 2050. Ces objectifs ne seront atteints que par la promotion vigoureuse de toutes les formes possibles d'économie d'énergie et par la mobilisation massive de la biomasse dans toutes ses utilisations.
LA
PRODUCTION DE MATIERES AGRICOLES POUR L'INDUSTRIE
UN GISEMENT VÉGÉTAL
RENOUVELABLE
La substitution du pétrole par des produits d origine végétale est
positive pour l'environnement. La matière première agricole est renouvelable.
Son usage diminue l'émission de gaz carbonique dans l'atmosphère et permet la
fabrication de matériaux biodégradables.
L'agriculture
produit chaque année une matière première utilisable
pour la fabrication de matériaux ou d'énergie alors qu'il faut 25 millions
d' années pour reconstituer les réserves de pétrole. Ce caractère
renouvelable de la production agricole est un de ses atouts majeur.
Par la photosynthèse, les plantes valorisent l'énergie
solaire pour fabriquer leur matière sèche. Absorbant de l'eau et des éléments
minéraux fournis par le sol, elles fixent le carbone de l'air sous forme de
sucres, d'amidon, de cellulose, de matières azotées, d' huile et libèrent de l'oxygène.
Ainsi un hectare de céréales en croissance fixe 5 tonnes de carbone dont 3
tonnes stockées dans le grain et 2 tonnes réparties dans la paille et les
racines.
Le végétal a donc déjà capté dans l'atmosphère le gaz carbonique
libéré éventuellement ensuite par la biodégradation de matériaux d'origine
végétale ou par la combustion de biocarburants. Ce gaz carbonique puisé dans
l'air par les plantes retourne dans l'atmosphère sans participer à
l'augmentation des gaz à effet de serre.
C'est ainsi que par exemple l'utilisation des bio -
plastiques d'origine végétale en remplacement des polymères d'origine pétrolière diminue
de 30 à 75 % l' émission de CO2 (source USIPA PWC).
La comparaison des produits issus de matières premières fossiles
avec des produits issus du végétal, dans les mêmes conditions de fabrication,
est, d'un point de vue environnemental (consommation d'énergie primaire non
renouvelable, effet de serre, acidification) très souvent à l'avantage des
produits issus du végétal (source : Bilan environnemental des filières
végétales, ADEME, octobre 2004).
Enfin, et c'est aussi un de leurs grands avantages, les matériaux
fabriqués à partir d'une matière première végétale contiennent intrinsèquement
la solution de leur élimination (biodégradabilité) et peuvent être assimilés
directement par les micro-organismes du sol.
LES BIO - PLASTIQUES
PLASTIQUES D'ORIGINE VEGETALE,
RENOUVELABLES ET BIODEGRADABLES
Les bio - plastiques sont actuellement fabriqués à partir de
plantes entières, à partir d'amidon extrait des céréales (blé ou maïs) ou de la
pomme de terre, et à partir du glucose (dérivé de l'amidon) transformé en acide
polylactique. Ce sont des produits qui commencent à pénétrer avec succès
certains marchés comme ceux des sacs et de l'agriculture parce qu'ils sont
renouvelables et biodégradables.
Les grandes qualités de résistance et de polyvalence des
plastiques traditionnels, combinées au développement d'une industrie de la
plasturgie particulièrement performante, notamment en France, et à des coûts de
matière première fossile limités (1 à 2 ¬ /kg) ont permis l'essor exceptionnel
de ces matériaux.
L'utilisation de ces matières plastiques en France
atteignait 6,7 millions de tonnes en 2003. Ils sont fabriqués à partir de
polymères synthétiques : le polyéthylène, le polypropylène, le polyuréthane et
le polystyrène. Ils ont de très nombreux débouchés dont l'emballage (notamment
agroalimentaire), qui reste le principal.
Une prise de conscience pour rechercher des solutions nouvelles
plus respectueuses de l'environnement
L'exploitation intensive du plastique, les coûts financiers
et environnementaux de son recyclage conduit à la disparition de certains
matériaux (PVC dans la fabrication de bouteilles d'eau minérale, polystyrène en Allemagne)
et à rechercher des alternatives plus respectueuses de l'environnement.
La réduction de la quantité des emballages est une voie. Celle de
favoriser le développement de nouveaux matériaux comme les bio-plastiques en est
une complémentaire. D'ailleurs, la plupart des producteurs de plastiques
traditionnels sont en mesure de produire ou produisent déjà des bio-plastiques.
Leur fabrication ne nécessite aucun investissement lourd car les équipements
(extrudeuses, machines à injection ou à thermoformer) sont les mêmes que pour
fabriquer des plastiques traditionnels.
LES BIO - PLASTIQUES
LES DEBOUCHES
Les bio-plastiques commencent à pénétrer avec succès certains
marchés comme ceux des sacs et de l'agriculture.
La priorité clairement donnée à l'objectif de
développement durable, la lutte engagée contre le changement climatique et les
perspectives d'épuisement des ressources pétrolières se traduisent déjà aujourd'hui par
un développement de l'offre de bio-plastiques en particulier dans trois segments de
marché : sacs, emballage et agriculture.
- Les sacs : le segment du sac présente un fort potentiel de marché.
Les différentes utilisations des sacs plastiques rendent leur recyclage difficile.
Le développement du marché du sac biodégradable implique la mise en place
d une filière de compostage.
- En agriculture, les matériaux biodégradables
sont aujourd' hui passés de la phase de recherche et de
développement à celle de commercialisation. Les produits sont de plus en plus
adéquats. Les plus avancés sont les films de paillage. C'est un marché où le
biodégradable répond à un besoin et à une demande existante : économie en coûts
de ramassage et de nettoyage, moins de main d'oeuvre requise.
- Les emballages
ménagers : l'offre des produits biodégradables est aujourd' hui
réellement aboutie pour certains segments de produits : emballage fruits et
légumes, boulangerie&
- La restauration hors domicile (produits à usage
unique).
- L hygiène et cosmétique : l'utilisation des
biodégradables reste dépendante de l'engagement de l'entreprise dans une
démarche écologique.
- Autres (ex. pneumatiques)
Grâce à leurs performances et à leurs propriétés spécifiques,
les bio-plastiques pénètrent avec succès certains marchés de niche comme de
masse.
Pour ne prendre que l'exemple des sacs plastiques, les bio-plastiques
offrent une palette de produits adaptés à leur mode d'utilisation : les sacs
jetables de faible litrage pour les commerces de proximité et certains usages
(fonction d'emballage des fruits et légumes) et les sacs réutilisables ou cabas
de grand litrage pour les grandes surfaces. Enfin, les sacs biodégradables sont
utilisés dans le cadre des collectes de déchets organiques qui ont naturellement
vocation à être compostés.
Dans la mesure où leurs caractéristiques fonctionnelles (résistance,
transparence, durabilité, effet barrière& ) conviennent pour l'usage
recherché, les bio-plastiques issus de matières renouvelables et réellement
biodégradables sont une solution d'avenir.
En 2003, le marché mondial des bio-plastiques était estimé à
environ 100 000 tonnes dont 60 % en Europe.
LES BIO - PLASTIQUES ET
LE DEVELOPPEMENT DURABLE
ASPECTS
ENVIRONNEMENTAUX
L'intérêt environnemental des bio - plastiques d'origine végétale
est indéniable : ils sont à la fois réellement et totalement biodégradables,
renouvelables et concourent à limiter l'effet de serre.
Une des solutions durable pour limiter les déchets est de réduire
la quantité d'emballages. Des initiatives ont déjà été prises dans ce sens dans
le domaine de la sacherie. Néanmoins, la suppression totale de tous les sacs et
emballages étant utopique, les bio-plastiques représentent la solution naturelle
à leur substitution. C'est ainsi que, s'agissant des sacs jetables, la Ministre
de l'Ecologie et du Développement Durable Madame Nelly Olin, a déclaré le 20
septembre 2005 aux assises nationales des déchets : « là où il est indispensable
de maintenir l'usage des sacs jetables, j'encourage fortement l'emploi de sacs
biodégradables ».
Sur le plan environnemental, les inconvénients
liés à l'utilisation des ressources pétrolières sont évités et les émissions
de CO2 sont réduites de 30 à 75 %. Une comparaison des impacts
environnementaux des différents types de sacs de caisse (jetable et cabas réutilisables)
a été réalisée par l'ADEME en septembre 2005. Les résultats sont largement
en faveur des produits d'origine végétale en terme d'économie d'énergie
primaire non renouvelable, d'émissions de gaz à effet de serre, d'acidification
atmosphérique et de consommation d'eau.
La biodégradabilité est définie par
des normes
La biodégradabilité est une notion bien précise, définie par des
normes. C'est un processus naturel de décomposition de la matière organique qui
est le plus fréquemment mis en Suvre par compostage.
Quatre éléments
(humidité, oxygène, température et micro-organismes) concourent aux trois étapes
indispensables du processus : fragmentation, bioassimilation et minéralisation.
La durée de biodégradation totale des matériaux est un élément essentiel
pour leur usage : le choix du matériau est fait en fonction des applications.
C'est ainsi que la biodégradabilité se doit d'être mesurée.
Pour
les emballages, la norme harmonisée européenne EN 13432 traduite en droit
français (JO du 13 juillet 2001) permet de déterminer, grâce à des tests
normalisés ISO, la biodégradabilité et l'aptitude au compostage dans un temps
donné tout en contrôlant la concentration des métaux lourds et l'absence
de toxicité. Le seuil de biodégradabilité demandé de 90% doit être atteint en 6
mois au maximum.
Dans le secteur des plastiques agricoles, la
norme NF U 52-001 publiée le 20 janvier 2004 définit la biodégradabilité
et la non toxicité (éco-toxicité et phyto-toxicité) des produits.
Il ne faut pas confondre les plastiques biodégradables, d'origine
fossile ou végétale, avec les plastiques « additivés ». Les plastiques «
additivés », parfois improprement appelés « (bio) dégradables » ne sont en
réalité que fragmentables. Leur fragmentation en lambeaux, confettis ou
poussière ne répond au mieux qu'au problème posé par la pollution visuelle et
interdit à tout jamais leur récupération et leur élimination.
La
valorisation des bio - plastiques par le compostage
Bien qu ils puissent être incinérés, la voie naturelle de la
valorisation des bio - plastiques est le compostage. Cette voie est
économiquement la meilleure et nécessite un faible niveau d'investissement. La
production de compost de qualité utilisé comme amendement organique en
agriculture constitue une réponse positive aux problèmes de récupération de
matière à partir des déchets et diminue la quantité de matière organique dans
les décharges.
Rappelons à ce sujet que la Ministre de l Ecologie et du
Développement Durable Madame Nelly Olin a insisté sur le nécessaire
développement de la filière de valorisation organique par compostage ou
méthanisation.
LES BIO - PLASTIQUES ET LE
DEVELOPPEMENT DURABLE
ASPECTS ECONOMIQUES ET
SOCIAUX
La compétitivité des bio -
plastiques va s'accroître au fur et à mesure du développement de leur marché.
La pérennité d'approvisionnement et la
relative stabilité du prix des matières premières végétales comparé au cours du
pétrole en font des solutions économiquement viables à moyen terme.
Grâce au progrès de la recherche, des gains en compétitivité ont déjà
été réalisés : le rapport de prix entre les bio-plastiques et les plastiques
traditionnels s est sensiblement amélioré depuis plusieurs années et
ne cesse de se réduire.
Les quantités produites de bio-plastiques étant encore
confidentielles et les efforts de recherche et de développement considérables,
les coûts fixes (dont environ 30% sont attribuables à la R&D) représentent
une part considérable dans le calcul du prix de revient des bio-plastiques.
On peut à cet égard compter sur une coopération étroite et active
entre les filières agricoles d'amont, les entreprises de transformation d'aval
et des chercheurs publics (INRA, CNRS& ). Plus récemment, plusieurs des
pôles de compétitivité retenus par les pouvoirs publics sont consacrés au thème
des valorisations non-alimentaires des produits agricoles.
Il y a
donc d'importantes réserves d'économies d'échelle, qui se réaliseront naturellement
au fur et à mesure de l'augmentation de la demande et donc des quantités
produites. Il est à noter que les plastiques traditionnels ont eux aussi connu,
après la 2ème guerre mondiale, la même évolution de marché.
Toutefois, il est
à signaler que contrairement au prix des plastiques traditionnels, le coût des
bio-plastiques est peu fonction du coût pétrole.
D'un point de vue social, le recours à une matière
première renouvelable d'origine européenne permet d'entretenir un tissu rural actif et de
garantir une relative indépendance par rapport aux produits d'origine
pétrolière.
Enfin, de par leur technologie innovante, les bio-plastiques
apportent une réponse positive à la problématique des importations de films et
produits plastiques en provenance d'Asie qui concurrencent directement la
plasturgie française.
LES
BIO - PLASTIQUES
DONNEES
CHIFFREES
Quelques producteurs

La production mondiale de polymères biodégradables est passée de l échelle
pilote à l échelle industrielle depuis le début des années 90.
- La capacité de production était ainsi estimée à 250 000 tonnes en 2003
contre à peine 500 tonnes en 1990 (ouverture aux USA d une usine capable de
produire 140 000 tonnes de PLA, développement régulier de la production de
Novamont).
-Le marché mondial des bio-plastiques était estimé en 2003
à environ 100 000 tonnes dont la plus grande partie (environ 60%) en Europe.
Les perspectives établies à partir des chiffres actuels et sur la base
des sources disponibles (rapport PRO-BIP, Ernst and Young& ) sont détaillées
ci-dessous, sur la base de 2 scénarios :
- un scénario « sans politique
incitative », c'est-à-dire une simple prolongation de la tendance
actuelle
- un scénario avec mise en place, en particulier en Europe, d
une politique incitative
Perspectives de parts de marché et de
production de bio-plastiques en Europe
Perspectives de production de
bio-plastiques dédiés à l' emballage en Europe

Source
: Tecno-economic Feasibility of Large-scale Production of Bio-based Polymers in
Europe (PRO-BIP), Octobre 2004