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 Récolte des céréales à paille

Rendement moyen et bonne teneur en protéines

Au sommaire :

Résultats dans la moyenne malgré les nombreux aléas 
• Qualités bien adaptées en blé tendre, plus contrastées en blé dur
• Semis des céréales d’hiver : chercher l’esquive

Résultats dans la moyenne malgré les nombreux aléas

Jean-Charles Deswarte (ARVALIS-Institut du végétal)

La campagne culturale 2017-2018 a eu son lot d’aléas climatiques, dont certains ont établi des records. Cependant, malgré ces séquences à risque pour l’état des cultures, le résultat final s’avère relativement proche des tendances pluriannuelles à l’échelle nationale, que l’on considère le rendement (env. 71 q/ha –source SCEES) ou la teneur en protéines. A l’échelle régionale, ces aléas climatiques ont pu avoir un impact plus tranché, comme en région PACA par exemple (impact très négatif) ou en Bretagne voire en Bourgogne-Franche-Comté (effet positif).


Si les conditions de semis se sont avérées sèches courant octobre, elles n’ont pas réellement pénalisé la mise en place du peuplement ; les semis ont été très légèrement retardés, et la pression de ravageurs d’automne est restée modérée. Par contre, ce sont les conditions d’application des désherbages d’automne qui ont été problématiques, menant à certains échecs en lien avec le manque d’humidité en surface.

Douceur et humidité propice à la valorisation de l’azote

Les températures restaient douces pendant l’automne et le début de l’hiver, et devenaient même anormalement « chaudes » en janvier, avec une anomalie de température de l’ordre de +3°C sur l’ensemble du territoire, alors que les cumuls de pluies étaient normaux à élevés. Les cultures s’annonçaient donc précoces fin janvier, avec les parcelles les plus extrêmes qui commençaient à se redresser. Cependant, deux vagues de froid (et de neige localement) ont déferlé sur la France en février. Heureusement, les températures minimales sont rarement descendues en-dessous de -15°C, et le froid ne s’est pas prolongé, donc pas de dégâts de gel à déplorer, mais des cultures fortement freinées dans leur développement, et une quasi-absence de créneaux climatiques favorables aux interventions de désherbage.

Mars a débuté avec des températures douces et de nombreuses précipitations, favorables à la reprise de végétation, mais rendant les interventions délicates (sols humides, fortes amplitudes thermiques). Le mois d’avril a suivi avec une séquence relativement analogue : des épisodes de pluie ponctuels qui ont garanti une bonn valorisation des engrais azotés, et des fortes fluctuations de températures qui généraient de brusques accélérations du développement, et dans certains cas, la surprise de voir passer les céréales d’un stade 2 noeuds à dernière feuille pointante en l’espace d’un week-end. Ceci a pu occasionner des impairs dans les programmes fongicides. A partir de ce moment, les températures ont été durablement supérieures à la moyenne, et le cycle des cultures n’a cessé de s’accélérer.

Pas de situation à très haut potentiel

A floraison, vers mi-mai, une partie du potentiel était déjà défini : pas de catastrophe sur les peuplements épi, mais très peu de situations à très haut potentiel : les épisodes de pluie ont favorisé les milieux séchants, mais le manque relatif de rayonnement a limité le potentiel de photosynthèse ; les milieux humides peinent par contre à s’assainir. De plus, des épisodes orageux ont éclaté autour de la floraison, laissant craindre le développement de fusariose : ce sera effectivement le cas dans le Sud sur blé dur, mais contre toute attente, la grande moitié nord a été largement épargnée (les situations les plus à risque ont d’ailleurs souvent fait l’objet d’une protection spécifique). Certains ont pu voir fin mai une réédition du scénario climatique 2016, mais l’intensité des pluies et des perturbations était nettement moindre cette année, sauf peut-être dans le Sud-Est où les mêmes causes ont conduit aux mêmes effets : stérilité partielle des épis, présence de fusariose, fortes pertes de rendement.

Le remplissage des grains a eu lieu dans des conditions de plus en plus sèches et chaudes ; malgré cela, il a tout de même permis la mise en place de tailles de grains satisfaisantes, sans doute grâce notamment au début de remplissage suffisamment bien alimenté en eau et en azote.

Néanmoins, le changement brutal de couleur des plantes vers la fin juin a fait craindre un échaudage fort ; heureusement, les cultures avaient souvent déjà atteint leur maturité physiologique –notamment les orges d’hiver- lors des plus fortes températures (à partir du 25 juin). Cependant, certains observateurs ont pu remarquer la présence de grains anormalement petits en haut de l’épi, démonstration d’un défaut d’alimentation d’une partie de l’épi pendant le remplissage. Parmi les hypothèses probables, on peut citer des maladies des racines et du pied de la plante, qui pénalisent le fonctionnement en fin de cycle, et la combinaison éventuelle de fortes températures avec un défaut d’alimentation en eau.

Malgré la fin de cycle chaude et sèche, les plantes ont pu absorber correctement l’azote du milieu et le remobiliser vers les grains, conduisant à des teneurs en protéines moyennes à élevées en blé tendre et blé dur et souvent dans la fourchette brassicole pour les orges, donc globalement conformes aux attentes des marchés. Les autres critères technologiques (PS, TCH, germination sur pied) n’ont pas posé de problème, en particulier grâce à une récolte précoce, rapide et sèche.

Qualités bien adaptées en blé tendre, plus contrastées en blé dur

Adeline Streiff et Benoît Méléard (ARVALIS-Institut du végétal), Marion Philippe (FranceAgriMer)

Cette année, la production française de blé tendre et de blé dur affiche des volumes proches des moyennes quinquennales et des qualités souvent satisfaisantes. Les conditions climatiques de la campagne 2017-2018 ont pourtant suscité des inquiétudes. En effet, alors que la sécheresse affectait les semis d’automne dans les régions du Sud, les inondations hivernales et printanières ont rendu compliqués les semis d’hiver comme de printemps dans d’autres régions. Les épisodes orageux et les températures élevées autour de la floraison ont ensuite impacté les rendements. Enfin, les fortes chaleurs combinées à l’absence de pluie ont conduit à l’accélération de la fin de cycle, et à une récolte des céréales anticipée et rapide.


Conduites sur 562 échantillons de blé tendre et 151 échantillons de blé dur représentatifs des bassins de collecte et des catégories constituées par les collecteurs, les enquêtes sur la qualité de la collecte pilotées par FranceAgriMer en partenariat avec ARVALIS – Institut du végétal confirment les premières estimations estivales sur un nsemble de critères. Il est important de rappeler en préambule que ces analyses sont conduites sur des échantillons à l’entrée des silos de collecte sans que l’organisme stockeur ait travaillé le grain.

Blé tendre : des qualités qui devraient répondre pleinement aux attentes des utilisateurs

Grâce à des apports azotés ajustés et à leur valorisation facilitée par les conditions pluviométriques favorables du printemps, les teneurs en protéines sont élevées cette nnée. Elles sont supérieures ou égales à 11,5 % en moyenne dans toutes les régions et dépassent même souvent les 12 %.

Côté poids spécifique, le blé tendre aura bien résisté aux pluies survenues en fin de cycle. Même si une certaine hétérogénéité est observée en lien avec la disparité, en intensité et fréquence, des épisodes pluvieux, les moyennes régionales dépassent systématiquement le seuil contractuel de 76 kg/hl. Elles sont même bien souvent supérieures à 77 kg/hl.

Par ailleurs, avec 97 % des volumes collectés supérieurs à 240s, les indices de chute de Hagberg des blés issus de la récolte 2018 répondront largement aux spécifications des utilisateurs.

Sur le plan de la qualité technologique, la force boulangère atteint un bon niveau à 194 en moyenne. Le P/L moyen est bien équilibré, de l’ordre de 0,8. Enfin la qualité boulangère varie entre le Sud et le Nord du Pays. En effet, la moitié sud de la France a pu être plus impactée par les conditions climatiques du printemps conduisant à des résultats mitigés, alors que la moitié nord affiche des résultats satisfaisants à bons. Cette année est marquée par une bonne hydratation au pétrissage, des pâtes généralement extensibles et des volumes très satisfaisants.


Blé dur : des qualités contrastées sous l’effet du climat

Les conditions climatiques très contrastées survenues en fin de cycle ont généré de l’hétérogénéité sur les poids spécifiques des blés durs. Les pluies très soutenues ainsi que les épisodes orageux en fin de cycle ont été préjudiciables dans le sud du pays. En revanche, dans les bassins Ouest-Océan et Centre, les conditions météorologiques ont été plus favorables aux poids spécifiques, bons voire très bons (78 – 80 kg/hl). Les teneurs en protéines sont très élevées, avec des moyennes supérieures à 14 % pour les 4 bassins de production. Au total, 88 % des blés ont une teneur en protéines supérieure à 14 %.

Le mitadinage, globalement satisfaisant cette année, est diversement présent sur le territoire cette année, conséquence des conditions pluviométriques en fin de cycle. Il peut dépasser 20 % dans certaines zones du Sud- Ouest et de l’Ouest, contre 10 % dans le Centre et le Sud-Est. La moucheture influencée par les faibles températures et la pluie après floraison, est observée selon un gradient Ouest-Est. Le bassin Sud-Ouest et dans une moindre mesure le bassin Ouest-Océan ont été les plus impactés, avec des moyennes respectives à 10,5 % et 6 %. En revanche, les bassins Centre et Sud-Est ont des valeurs moyennes proches de 5 %.

Semis des céréales d'hiver : chercher l'esquive

Jean-Paul Bordes, Directeur R&D (ARVALIS-Institut du végétal),

Les aléas climatiques de plus en plus erratiques imposent la recherche d’une plus grande résilience des pratiques culturales. L’étalement des dates de semis avec un bouquet de variétés est une des parades. En effet, si les cultures ne sont pas au même stade de développement en cas d’accident climatique les impacts négatifs sont limités. Cette stratégie peut aussi favoriser la gestion des attaques de bioagresseurs.

De la résilience dès le semis

Le climat encore très particulier de la récolte 2018 montre une fois de plus la variabilité des évènements climatiques de ces dernières années. C’est par ailleurs un trait tendanciel soulevé par les climatologues dans la perspective des changements climatiques qui nous attendent. Rien n’est plus complexe en agriculture que de conduire une culture lorsque les tendances climatiques à venir se dérèglent. Si les cultures -et en particulier les céréales- sont exposées à un climat de plus en plus variable, cela doit être pris en compte dans le suivi del’itinéraire technique. A ce stade, pas de recette universelle à proposer mais quelques principes de bon sens à avoir
en tête :
• Choisir un bouquet de variétés ayant des caractéristiques différentes du point de vue du rythme de développement et de la sensibilité aux maladies. Préférer autant que possible des variétés peu sensibles aux bioagresseurs. La liste des variétés multirésistantes habilitée par le dispositif CEPP est une bonne référence.
• Etaler les dates de semis sur la période optimale de chaque région : on crée ainsi un étalement des stades de la sole céréalière et on s’expose moins à un évènement climatique exceptionnel. Il faut cependant savoir que les écarts de stades en début de cycle ont tendance à diminuer avec l’avancement en végétation mais parfois quelques jours de décalage peuvent réduire considérablement l’exposition à un gel d’épis par exemple.
• Utiliser la panoplie des OAD qui prévoient la pression des bio-agresseurs, et des maladies en particulier (baromètre des maladies du blé, TAMEO®).

En effet, ces outils tactiques intègrent l’effet du climat réel de l’année mais aussi les données météo prévisionnelles dans les jours suivants. Il est ainsi possible d’anticiper de quelques jours sur les conditions à venir et de réduire l’incertitude climatique.

Le calcul prévisionnel de la dose d’azote FERTIWEB va s’enrichir pour la campagne 2019 d’une nouvelle version « Fertiweb Dynamic » prenant en compte l’impact du climat local sur la fourniture d’azote par le sol. Interdiction des néonicotinoïdes : redoubler de vigilance vis à vis des ravageurs d’automne

Avec l’interdiction d’utiliser les insecticides de la famille des néonicotinoides dès les semis de l’automne 2018, se pose la question du contrôle des insectes d’automne porteurs de viroses. En début de cycle, si les conditions sont chaudes, on peut craindre des attaques de cicadelles qui transmettent le virus des pieds chétifs. En général, un peu plus tard dans l’automne et parfois jusqu’au milieu de l’hiver, ce sont les pucerons vecteurs de la jaunisse nanisante qui sont à craindre. Les insecticides en traitement de semence offraient une couverture satisfaisante pendant cette période mais avec leur interdiction, il faudra faire appel à d’autres leviers :
• surveiller la présence de ces ravageur pour intervenir dès que leur population atteint le seuil critique : 10 % de plantes atteintes par au moins 1 puceron ou en dessous de ce seuil si la présence des pucerons est observée pendant au moins 10 jours.
• dans le cadre du Contrat de Solutions les instituts techniques et de nombreux partenaires proposent des techniques permettant de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. 36 fiches ont été rédigées, toutes cultures confondues, pour décrire ces techniques. L’une d’entre elles recommande de retarder la date de semis de 15 à 20 jours, tout en restant dans la plage optimale de semis, afin de réduire le risque d’attaques de pucerons et cicadelles d’automne ainsi que la pression des graminées adventices. Attention cette mesure ne garantit pas une absence de risque notamment en cas d’hiver doux. Il faut donc rester vigilant dans ce cas et compléter la mesure par un traitement insecticide,si nécessaire. Il existe désormais des variétés d’orges d’hiver résistantes à la JNO (Ex : Amistar, Domino, Hexagon,…) qui peuvent constituer une autre alternative.

Pour en savoir plus, consultez les documents en pièces jointes.